J’ai volé 3 fois hier. 2 reposes au déco et une vache
J’ai vaché proprement. Dans la zone voulue. Des Genêts. Secs. Cassants. J’ai récupéré la voile, intacte. Puis je l’ai accrochée dans les ronces.
C’est là que le plus dur a commencé. Remonter le dénivelé. La voile en bouchon car pas assez de place pour la replier correctement. Dans la combi, les cuissardes se desserrant, l’accélérateur pendouillant, les vans délacées. Le téléphone ne capte plus, les autres me cherchent plus bas, je les rassure, mais seuls les sons passent, pas de mots, ni de phrases.
Je relève la tête et cherche le belvédère qui signale la route à rejoindre.
Et je monte, la voile en bouchon dans la main droite par-dessus l’épaule, la main gauche prenant appui sur les genets verts, en essayant de suivre la trace d’un autre parapentiste trop tétu ou d’un sanglier.
Et là, en un instant, je réapprends tout :
Marcher, un pas bien assuré après l’autre, et encore avec les vans délacées, je suis obligé de prendre appui sur le bol plantaire au lieu d’ancrer mes talons
Respirer, je ne me suis jamais senti et entendu respirer aussi vite et fort
Grimper, assurer l’appui et projeter toute ma masse (plus les 15 kilos d’équipement) sur l’autre jambe ou me propulser sur le genet suivant, travailler sur mes cuisses et non sur les bras , chercher la prise de ma main gauche lorsque je grimpe quelques parois, me retourner dos à la paroi avec la sellette old school, me retourner face à la paroi avec la sellette old school (old school = 50 cm d'épaisseur)
Survivre, je n’ai mangé que des légumes à midi, pas d’eau, pas de grignote avec moi, des nuées de mouches s’abattent sur mon crane dés que je pense à retirer mon casque pour avoir moins chaud,
Parfois la terre, les pierres, les genêts s’éboulent sous mes pas et je m’effondre mollement
Suite à ma progression, je ne vois plus le belvédère, le soleil est passé derrière le sommet et la lumière baisse, je sue plus salé que la méditerranée
Un moment je ne peux plus avancer, trop dur, trop long, trop lourd, trop trop. Alors je regarde autour de moi, allongé dans le thym et c’est magnifique, ce n’est pas une épreuve, c’est la vie, tout autour, les oiseaux, les chauves souris, les insectes, les fleurs, les arbres, les couleurs, les odeurs, les lumières, les sons…
Sur ces quelques centaines de mètres de dénivelé, les espèces se répartissent des altitudes bien précises, des strates complémentaires et différentes, fragiles, et adaptées.
Je suis heureux d’en chier, même si je sens l’hypoglycémie arriver, mon corps réclamer, et que je ne parviens pas à évaluer ma progression.
C’est mon corps qui vibre, mon cortex a disjoncté et laisse mon reptilien faire le boulot de base
L’obscurité monte, et si je laissais le matos et revenais le chercher demain ?
J’aperçois à nouveau le belvédère, il est loin, je suis au niveau des rochers sous le déco, que je grattais tout à l’heure. Impossible d’estimer la distance parcourue et restante.
J’admire le paysage, cette belle vallée, le village pas si loin, où j’aurai pu poser tranquillement et remonter en stop (ou pas)
Je prends la montée.
Alors que je ne vois plus le belvédère se rapprocher, je passe les derniers genêts, enfin du dégagé, des pierres, mais beaucoup plus petites que les blocs croisés auparavant, de la bancale qui glisse, s’éboule, je râle, je hurle, je me galvanise en grognant et puisque chaque arrêt est une reculade-éboulade, je tire tout droit.
J’arrive au belvédère alors que la nuit s’étale, je me débarrasse des 15 kilos, mon épaule droite est dure, ankylosée, bloquée, tétanisée, je jette un dernier regard au paysage visible dans le crépuscule (les tables d’orientation ce sera pour un autre jour) et je file à la voiture où je n’ai ni à boire ni à manger.
D’après l’heure indiquée par le téléphone et celle de la tentative d’appel des autres, j’aurai passé 1h45 d’escalade rando sans marcher sur la voile ou les suspentes
Je démarre, passe au belvédère chercher le matos et entame la descente du retour avec le voyant de la jauge d’essence qui s’allume.
Je veux m’arrêter à la première cascade croisée pour me désaltérer (biberonner des litres d’eau oui !!!) mais il fait nuit, elles sont abruptes
Finalement un tiramisu, une crème brulée, un orangina, un ice tea et un litre d’eau seront ma récompense, servis par des néerlandais un peu interloqués de mon arrivée à 22h30 dans leur gasthaus à mi parcours de la yourte.
Une crampe des orteils droits me rappelle de boire plus, une fois rentré, alors que j’essayais déjà de soigner mon trapèze en roulant.
C’est efficace, quelques gouttes d’huile essentielle d’ylang ylang me permettront de dormir confortablement d’un sommeil profond, bercé par les chouettes, les chauves souris, et les grillons.
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2 commentaires:
et bien quelle aventure! j'admire ta zen attitide:! bisous de denise
Ouahh!
quel periple!!
Nico
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